Les réponses aux photos mystères (18)

 Voici les réponses aux photos mystères publiées en juin dans notre blog.

Bon, alors, ces bourdons… 

On les voit souvent, mais ce n’est pas si simple de les reconnaître. Deux d’entre eux ont été identifiés mais pas celui de la photo 3, malgré les outils mis à disposition (fiche de l’observatoire des bourdons, clé de détermination des bourdons pour l’Ile-de-France).


Fiche de l’Observatoire des bourdons

Reprenons dans l’ordre avec la photo 1. Pour décrire un bourdon, il est nécessaire de savoir distinguer la tête, le thorax (où sont implantées les deux paires d’ailes et les trois paires de pattes) et l’abdomen.



Ici, nous avons deux rayures jaunes et le bout de l’abdomen ("le cul") qui est blanc. La première rayure jaune est située sur le thorax, à l’avant (collare) et la deuxième rayure est bien délimitée sur l’abdomen. La fiche de l’observatoire des bourdons et la clé de détermination conduisent rapidement à l’identification : c’est un Bourdon terrestre (Bombus terrestris). En toute rigueur, il faudrait dire un Bourdon "du groupe terrestris" car la clé de l’Ile-de-France montre que 4 espèces sont rangées dans ce groupe (on ne peut pas les distinguer sur le terrain, car leurs différences sont subtiles).

D’où la légende de la photo ci-dessus :
Bourdon du groupe terrestris, Domène, avril 2017 (photo : Benoit D’Halluin)

Photo 2 : ça se complique un peu, mais la photo de Benoit est très belle !…



Tout le thorax est jaune-orangé et il y a du jaune aussi à l’avant de l’abdomen. On remarque aussi que le pelage est ébourrifé ("mal peigné") et la transition est progressive entre le dessus du thorax (nettement jaune-orangé) et la face inférieure du thorax (jaune clair, voire crème). Ces caractéristiques permettent d’identifier le Bourdon des champs (Bombus pascuorum) : voir notamment la photo commentée dans Les carnets nature de Jessicahttps://jessica-joachim.com/insectes/hymenopteres/apidae/bourdon-des-champs-bombus-pascuorum/

D’où la légende de la photo :
Bourdon des champs (Bombus pascuorum), Domène, avril 2021 (photo : Benoit D’Halluin)
 
N.B. Ne pas confondre avec le Bombus campestris, encore appelé Bourdon-coucou des champs (ou Psithyre des champs), qui a des mœurs particulières : c’est un insecte parasite. La femelle entre dans le nid du Bourdon des champs (B. pascuorum) pour y pondre ses œufs laissant cette colonie nourrir ses larves (d’où son nom de Bourdon-coucou, par analogie avec le Coucou gris).


Photo 3 : au niveau de l’abdomen, le cul est orangé (considéré comme rouge dans la clé Ile-de-France). On note aussi une bande jaune à l’avant du thorax et une rayure jaune à l’abdomen. Ces caractéristiques conduisent au Bourdon des prés (Bombus pratorum). Le bourdon des prés butine surtout les rosacées, ici des framboisiers.

Bourdon des prés (Bombus pratorum), Domène, mai 2026 (photo : Laurent Dobremez)

Sur la photo ci-dessous, il butine une fleur de bourrache officinale et on voit nettement la boulette de pollen accrochée à ses pattes, comme le font aussi les abeilles.

Bourdon des prés (Bombus pratorum), Domène, avril 2020 (photo : Benoit D’Halluin)


Entrons un peu dans l’intimité de ces bestioles que l’on croise souvent mais qui restent méconnues.

Tout comme les abeilles, les bourdons sont des insectes sociaux qui vivent en colonies. La taille de ces colonies varie selon la saison et selon l’espèce : au maximum de 60 à 150 individus pour le Bourdon des champs et le Bourdon des prés jusqu’à près de 500 pour le Bourdon terrestre (plusieurs dizaines de milliers pour l’abeille domestique). Cependant, quelques espèces sont parasites et ne forment pas de colonies (Psithyres ou Bourdons-coucous que nous avons évoqués ci-dessus).

Pour les trois espèces que nous avons présentées, le cycle est sensiblement le même : seules les jeunes reines fécondées par les mâles à la fin de l’été passent l’hiver à l’état adulte, le reste de la colonie meurt. Au printemps, la jeune reine sort de son abri et va construire un nid, le plus souvent dans une cavité au niveau du sol, mais ce peut être aussi sous un tas de bois, dans des arbres creux, dans des nids d’oiseaux abandonnés voire dans des nichoirs artificiels (cas du Bourdon des prés). On peut trouver dans ce nid une cellule remplie de pollen avec 5 à 15 œufs pondus par la jeune reine et une autre cellule de réserve remplie de miel. Après éclosion, les larves se nourrissent du pollen et du miel apporté par la reine. Elles donneront des ouvrières (femelles stériles) qui seront chargées à leur tour de butiner. Dans l’été, la reine va pondre des œufs non fécondés qui donneront des mâles tandis que les futures reines seront issues d’œufs fécondés.

Les bourdons se nourrissent de nectar et récoltent du pollen pour nourrir leurs larves. Donc les bourdons peuvent produire du miel (nectar régurgité), mais ils n’en stockent pas (les colonies ne passent pas l’hiver).

Ils sont considérés comme de grands pollinisateurs, pouvant féconder de nombreuses fleurs. Leur fourrure isolante leur permet de butiner même par temps froid (dès 5°C, alors qu’il faut environ 15°C minimum pour les abeilles) ou pluvieux. Le Bourdon des prés, qui possède une trompe courte, préfère les plantes dont les inflorescences sont facilement accessibles et féconde notamment les fleurs de pommiers, cerisiers, framboisiers, ronces… Pour certaines fleurs avec des calices ou des corolles en forme de long tube (comme le trèfle, la sauge officinale,…), le Bourdon terrestre peut perforer la base de la corolle ou du calice et passer sa trompe par ce trou pour atteindre le nectar sans assurer la pollinisation.

Le bourdon peut-il piquer ? Oui, les femelles (ouvrières, reines) possèdent un dard avec un aiguillon lisse comme celui des guêpes, mais elles ne sont pas agressives (piqûres par autodéfense ou si on dérange leur nid).

Voilà quelques informations sur ces insectes, qui vous viendront peut-être à l’esprit lorsque vous verrez un bourdon zonzonner de fleur en fleur…

A bientôt pour un nouvel article de photos mystères et insolites,

Laurent

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire