Voici les réponses aux photos mystères publiées début septembre dans notre blog.
Photo 1 : Plusieurs bonnes réponses : oui, c’est le (je croyais qu’on disait la) Colchique d’automne (Colchicum autumnale).
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| Colchique d’automne, Gières, septembre 2025, photo : Benoit D’Halluin |
Il se différencie du Crocus, notamment par le nombre d’étamines : seulement 3 pour le crocus et 6 étamines pour le colchique.
L’indice précisait que c’est une fleur de saison. En effet, comme le dit la chanson de Jacqueline Debatte et Francine Cockenpot, deux cheftaines chez les Scouts :
"Colchiques dans les prés fleurissent, fleurissent,
Colchiques dans les prés, c’est la fin de l’été".
Bon, avec le dérèglement climatique, on a encore des canicules en septembre et ce n’est donc pas tout-à-fait la fin de l’été, mais cette chanson date de 1942-43 et on ne se préoccupait pas trop de cette question à l’époque…
Le colchique d’automne fleurit d’août à octobre. Il était classé autrefois dans la famille des Liliacées car il possède un bulbe qui correspond à la phase de la plante au repos sous la terre. Son cycle est étonnant (on le dit "inversé") : les fleurs apparaissent seules à l’automne et ce n’est qu’au printemps suivant que les feuilles apparaissent avec les fruits, puis elles fanent en été.
On le trouve notamment dans les prés humides et les sous-bois.
Attention ! Le colchique est une plante extrêmement toxique. Et des confusions avec l’ail des ours ont été signalées (28 cas de confusion dont 2 décès entre 2020 et 2022, selon l’ANSES). Ces confusions et intoxications parfois mortelles se produisent au printemps quand le colchique est en feuilles. L’ail des ours a une odeur caractéristique quand on froisse ses feuilles et ses feuilles souples sont portées par des tiges, tandis que le colchique a des feuilles plus rigides, sans tige. Donc, si vous souhaitez cueillir de l’ail des ours, soyez très vigilants car ces plantes peuvent se retrouver dans un même biotope. Pour plus d’informations, consultez le site de l’ANSES : LIEN ANSES
Photo 2 : Ce sont deux Gobemouches noirs attirés par la coupelle d’eau.
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| Gobemouches noirs, Domène, 30 août 2026 (photo : Benoit D’Halluin) |
Pour ceux/celles qui ont reçu la note Infos-ornithos n°7 adressée le 21 août, leur visite au passage d’automne était annoncée et ils sont bien présents. Ce sont de grands migrateurs qui nous viennent souvent d’Europe du nord et partent en Afrique tropicale.
Comment les reconnaître ? En automne, en plumage post-nuptial, mâles et femelles se ressemblent : dessous clair et dessus brun gris terne (le mâle étant un peu plus sombre) et, surtout, la forme caractéristique de la tache blanche sur les ailes (du blanc sur les plumes des couvertures et du blanc aussi sur les bords des grandes rémiges internes). La difficulté résidait dans le fait que cette tache n’était pas très visible sur les deux oiseaux de la photo, mais on la devine sur l’oiseau de droite. Elle est évidemment plus nette sur la photo ci-dessous, prise elle aussi à une époque analogue et là encore près d’un point d’eau dans un jardin… On remarque aussi le bec assez fin et les étroits bords blancs à la queue.
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| Gobemouche noir, Domène, septembre 2022 (photo : Benoit D’Halluin) |
C’est un insectivore (il ne se limite pas aux mouches malgré son nom) mais il apprécie aussi certains fruits en automne, notamment les baies de sureau.
Si vous souhaitez en savoir plus :
Géroudet P., 1974. Les passereaux, tome II. Editions Delachaux & Niestlé, pages 35-41 (N.B. il existe des rééditions plus récentes).
site oiseaux.net : LIEN
site LPO : LIEN
Photo 3 : Cette grande plante, c’est l’Abutilon d’Avicenne (Abutilon theophrasti). Bon, c’est vrai que ni Benoit ni moi, nous ne l’avions encore jamais observée et ce n’est pas très étonnant que vous ne l’ayez pas identifiée (en tout cas, nous n’avons pas eu de retour). Mais comme elle est considérée comme envahissante dans certains pays, gageons qu’elle pourrait se répandre sur notre territoire. Alors, apprenons à la (re)connaître.
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| Abutilon d’Avicenne, Le Versoud, août 2026 (photo : Laurent Dobremez) |
Elle a d’abord un drôle de nom : son nom commun (Abutilon d'Avicenne) fait référence à Avicenne, nom d’un savant persan (médecin, philosophe) mort au XIème siècle. Son nom scientifique (Abutilon theophrasti) fait référence à Théophraste, un philosophe grec, disciple d’Aristote, qui était aussi botaniste. Mais tout ça ne nous fait pas beaucoup progresser… En revanche, en arabe, "abū ṭīlūn" (nom donné par Avicenne) signifie "qui a la caractéristique de la mauve". Cette plante annuelle fait en effet partie de la famille des Malvacées (comme la mauve sylvestre, l’hibiscus, l’althéa, la rose trémière, mais aussi le cacaoyer, le coton,…). Parmi les caractères distinctifs de cette famille, la fleur comprend 5 pétales et l’anatomie de l’appareil reproducteur mâle est typique : les étamines sont soudées entre elles par leurs filets, les anthères (qui contiennent les grains de pollen) formant ainsi une sorte de bouquet au sommet du tunnel constitué par les filets soudés entre eux (cf. photo). Les fruits sont des fruits secs, sortes de capsules qui s’ouvrent spontanément à maturité (on dit qu’ils sont "déhiscents"). Quant aux feuilles de l’abutilon, elles sont en forme de cœur, velues, avec une bordure légèrement dentée.
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| Abutilon d’Avicenne, fleur, fruit et feuilles, Le Versoud, août-septembre 2026 (photos : Laurent Dobremez) |
Que vient faire cette plante chez nous ? Dans la flore de France, de Suisse et de Belgique de Bonnier et de Layens (éditée en 1970), elle est considérée comme méditerranéenne, rare et subspontanée. L’indice précisait qu’elle a été observée en bordure d’un champ de maïs. C’est en effet une adventice des cultures de maïs et de soja (et aussi tournesol et sorgho). Elle est favorisée par des sols hydromorphes (gorgés d’eau et compactés) suivis d’un dessèchement extrême. Des nitrites libérés dans le sol contribuent alors à la levée de la dormance des graines d’abutilon. Avec les épisodes de canicules qui se sont succédés depuis le mois de mai et les sécheresses qui les ont accompagnés, on cerne mieux comment elle est apparue… La graine pourrait survivre dans le sol durant des décennies (cette durée reste cependant à confirmer) en attendant des conditions favorables pour germer. Comme, en outre, l’INRAE de Dijon a évalué qu’une seule plante pouvait produire en conditions optimales jusqu’à 9 000 graines en une saison, on perçoit son caractère potentiellement envahissant pour les cultures (elle est ainsi considérée comme envahissante au Canada). Sur la station où elle a été observée (bord d’un champ de maïs dans la boucle du Bois Français), j’ai compté une vingtaine de plants. Elle pourrait aussi se retrouver dans des jardins, issue de mangeoires pour oiseaux (où elle pourrait avoir été mélangée à des graines de tournesol). Cela étant, l’abutilon est aussi cultivé en Asie pour ses fibres textiles (le "jute de Chine") et ce serait une plante très mellifère (source : Wikipédia).
A bientôt pour un nouvel article de photos mystères et insolites,
Laurent






