Nouvelles photos mystères ou insolites (20)

Voici de nouvelles photos prises à Domène, au Versoud ou dans les environs.

Photo 1 : quelle est cette plante ? Un indice : une fleur de saison…

Gières, septembre 2025, photo : Benoit D’Halluin

 Photo 2 : quels sont ces oiseaux ? Un indice : des oiseaux de saison…

Domène, août 2026, photo : Benoit D’Halluin

Photo 3 : quelle est cette autre plante, qui peut atteindre 1,50 m à 2 mètres de hauteur ? Un indice : trouvée au Versoud, en bordure d’un champ de maïs

Le Versoud, août 2026, photo : Laurent Dobremez


Enfin, une photo insolite : oui, ce jeune épicéa commun (Picea abies) pousse sur un arbre, plus exactement sur une souche d’arbre (probablement un autre épicéa) ou, comme le dit Benoit, "du neuf sur du vieux".

Jeune épicéa poussant sur une souche d’arbre, Marais des Seiglières (Saint-Martin-d’Uriage), juin 2026, photo : Benoit D’Halluin

Cette photo, prise vers 1 000 m d’altitude, ne serait pas un cas isolé et correspondrait même, dans les forêts de montagne, à un processus de régénération naturelle assez courant pour l’épicéa commun et le sapin pectiné, d’après Gérard Guillot, créateur du site Zoom Nature (qui cite diverses sources ayant étudié ce phénomène dans les Alpes mais aussi ailleurs dans le monde).

Comme le souligne G. Guillot, l’épicéa commun produit des graines ailées très légères libérées par l’écartement des écailles des cônes qui pendent aux branches (N.B. les cônes qui pendent : un des critères distinctifs de l’épicéa par rapport au sapin). Ces graines sont entraînées plus ou moins loin par le vent ou par simple gravité. Les souches constituent ainsi des "microsites" capables d’intercepter et de retenir les graines emportées par le vent, de leur fournir un substrat humide et nutritif permettant leur germination et leur position surélevée permet au jeune plant d’échapper à l’ombrage de la végétation du sous-bois, d’accéder à la lumière et à la chaleur et de moins subir l’écrasement de la neige.

En grandissant, les racines de l'arbre contournent la souche pour s'enfoncer profondément dans le sol. Lorsque la souche finit par pourrir et disparaître complètement, l'épicéa se retrouve juché sur des racines apparentes en forme d'échasses.

Epicéa "échassier" qui a dû pousser sur une souche quand il était jeune (source : Zoom Nature)

Si vous voulez en savoir plus :

https://www.zoom-nature.fr/les-souches-des-pepinieres-pour-jeunes-arbres/

https://totholz.wsl.ch/fr/fonctions-du-bois-mort/regeneration-des-forets/

A vous de jouer ! Envoyez vos propositions en mode commentaire ou sur notre messagerie : cpncurieuxdenature@gmail.com

 Laurent et Benoit


Les réponses aux photos mystères (19)

Voici les réponses aux photos mystères publiées fin juin dans notre blog.

Photo 1 : Cette fleur est une fleur de Lin reconnaissable à la couleur bleu vif de ses 5 pétales. Bravo à Danielle qui a reconnu cette plante ! Le lin est cultivé pour ses fibres textiles et ses graines oléagineuses, notamment en Normandie et dans les Hauts-de-France.

Lin, Tour d’Etapes, Le Versoud, juin 2023 (photo : Benoit D’Halluin)

Vous me direz : du Lin, oui, mais quelle espèce ? Eh bien, ça se complique… Si on en croit Pl@ntNet, ce serait le Lin vivace (Linum perenne) à 58% de probabilité. Selon la base de données Flora Data de Tela Botanica, un relevé de Lin vivace a d’ailleurs été fait en 2019 au Versoud (au Bois Français). Mais il me semble qu’on ne peut pas exclure une forme subspontanée de Lin cultivé (Linum usitatissimum) voire le Lin d’Autriche (Linum austriacum)… Il aurait fallu, pour une détermination plus sûre, avoir les fruits en main : des capsules renfermant des graines parfois pourvues d’un petit bec (cas du Lin cultivé) avec présence ou non de parois à l’intérieur de la capsule. 

Lin, Tour d’Etapes, Le Versoud, juin 2023 (photo : Benoit D’Halluin)

Quoiqu’il en soit, c’est une bien jolie fleur. Malheureusement, cette fleur ne dure pas longtemps, à peine une journée… C’est une plante qui apprécie la lumière et les terrains calcaires, ce qui est bien le cas ici sur le coteau qui conduit à la Tour d’Etapes.

Photo 2 : Ce petit oiseau rondelet, assez haut sur pattes et au bec fin rappelle un Rougegorge, mais il n’a pas de plastron orange… Mais, oui, c’est bien un Rougegorge familier… juvénile car le jeune Rougegorge n’acquiert ce plastron orange qu’après la mue. Bravo à l’un(e) de nos lecteurs pour sa perspicacité !

Rougegorge familier juvénile, ENS Bois de La Bâtie, mai 2026 (photo : Rachel Peillet)

Comme le précise Paul Géroudet : « Après leur sortie [du nid en mai-juin], les deux parents continueront à nourrir [les jeunes] pendant deux à trois semaines, puis ils s’éparpilleront et l’on ne verra que rarement leur plumage tacheté, encore sans plastron. […] Juillet et août se passent dans les couverts épais ; on ne voit plus les Rougegorges, mais à notre passage des tic tic tic claquent dans les fourrés. La mue fait son œuvre : en septembre le plastron orangé décore la poitrine des jeunes, en même temps qu’ils commencent à chanter et à revendiquer un domaine ». (N.B. Les dates sont à moduler selon les régions et selon qu’il y a une, deux voire trois pontes dans la saison…).

Sous son apparence sympathique et familière (il n’hésite pas à s’approcher des humains qui travaillent au jardin), le Rougegorge reste un oiseau souvent solitaire et au comportement territorial très marqué, n’hésitant pas à être agressif vis-à-vis d’un concurrent éventuel.
Quel est son habitat ? « Le Rougegorge aime la végétation basse et touffue, fraîche et ombragée. |…] Il ne s’élève dans les arbres que pour chanter ; d’habitude il ne se perche que sur les rameaux les plus bas, car il cherche sa nourriture à terre » (Géroudet). En hiver, il quitte ses bois pour se rapprocher des habitations et des cours d’eau.

C’est un migrateur partiel, plutôt sédentaire dans notre territoire, qui accueille cependant à l’automne des oiseaux venus d’Europe du nord. Anecdote personnelle : j’ai ainsi trouvé dans un jardin à Domène, le 20 octobre 2007, un Rougegorge (blessé à mort par un chat) qui avait été bagué un an auparavant sur l’île de Christiansø (Danemark) (distance : 1 300 km).

Si vous souhaitez en savoir plus sur le Rougegorge :
 https://www.oiseaux.net/oiseaux/rougegorge.familier.html

https://www.lpo.fr/decouvrir-la-nature/fiches-especes/fiches-especes/oiseaux/rougegorge-familier 

Géroudet P., 1974. Les passereaux d’Europe, tome II, éditions Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, pages 170-178 (il existe des rééditions plus récentes).

Journal La Hulotte, n°103 (2015), pages 2-26.

Photo 3

Sept Lagopèdes alpins dans un pierrier (photo : Christophe Albert, parc national des Ecrins, 2011)

Ce jeu de repérage des Lagopèdes alpins dans un pierrier, proposé par le parc national alpin, ne semble pas avoir eu beaucoup de succès car nous n’avons eu aucun retour… Il est vrai qu’il était difficile tant le mimétisme de ces oiseaux avec leur environnement est remarquable (et sans doute aussi que la résolution de la photo sur le blog n’était pas d’une qualité géniale).

Voici la solution !

C’était difficile, certes. Mais il n'est sans doute pas facile non plus de repérer un Lagopède alpin en hiver sur la neige quand il a mué et revêtu sa parure blanche…

A bientôt pour un nouvel article de photos mystères et insolites,

Laurent



Les réponses aux photos mystères (18)

 Voici les réponses aux photos mystères publiées en juin dans notre blog.

Bon, alors, ces bourdons… 

On les voit souvent, mais ce n’est pas si simple de les reconnaître. Deux d’entre eux ont été identifiés mais pas celui de la photo 3, malgré les outils mis à disposition (fiche de l’observatoire des bourdons, clé de détermination des bourdons pour l’Ile-de-France).


Fiche de l’Observatoire des bourdons

Reprenons dans l’ordre avec la photo 1. Pour décrire un bourdon, il est nécessaire de savoir distinguer la tête, le thorax (où sont implantées les deux paires d’ailes et les trois paires de pattes) et l’abdomen.



Ici, nous avons deux rayures jaunes et le bout de l’abdomen ("le cul") qui est blanc. La première rayure jaune est située sur le thorax, à l’avant (collare) et la deuxième rayure est bien délimitée sur l’abdomen. La fiche de l’observatoire des bourdons et la clé de détermination conduisent rapidement à l’identification : c’est un Bourdon terrestre (Bombus terrestris). En toute rigueur, il faudrait dire un Bourdon "du groupe terrestris" car la clé de l’Ile-de-France montre que 4 espèces sont rangées dans ce groupe (on ne peut pas les distinguer sur le terrain, car leurs différences sont subtiles).

D’où la légende de la photo ci-dessus :
Bourdon du groupe terrestris, Domène, avril 2017 (photo : Benoit D’Halluin)

Photo 2 : ça se complique un peu, mais la photo de Benoit est très belle !…



Tout le thorax est jaune-orangé et il y a du jaune aussi à l’avant de l’abdomen. On remarque aussi que le pelage est ébourrifé ("mal peigné") et la transition est progressive entre le dessus du thorax (nettement jaune-orangé) et la face inférieure du thorax (jaune clair, voire crème). Ces caractéristiques permettent d’identifier le Bourdon des champs (Bombus pascuorum) : voir notamment la photo commentée dans Les carnets nature de Jessicahttps://jessica-joachim.com/insectes/hymenopteres/apidae/bourdon-des-champs-bombus-pascuorum/

D’où la légende de la photo :
Bourdon des champs (Bombus pascuorum), Domène, avril 2021 (photo : Benoit D’Halluin)
 
N.B. Ne pas confondre avec le Bombus campestris, encore appelé Bourdon-coucou des champs (ou Psithyre des champs), qui a des mœurs particulières : c’est un insecte parasite. La femelle entre dans le nid du Bourdon des champs (B. pascuorum) pour y pondre ses œufs laissant cette colonie nourrir ses larves (d’où son nom de Bourdon-coucou, par analogie avec le Coucou gris).


Photo 3 : au niveau de l’abdomen, le cul est orangé (considéré comme rouge dans la clé Ile-de-France). On note aussi une bande jaune à l’avant du thorax et une rayure jaune à l’abdomen. Ces caractéristiques conduisent au Bourdon des prés (Bombus pratorum). Le bourdon des prés butine surtout les rosacées, ici des framboisiers.

Bourdon des prés (Bombus pratorum), Domène, mai 2026 (photo : Laurent Dobremez)

Sur la photo ci-dessous, il butine une fleur de bourrache officinale et on voit nettement la boulette de pollen accrochée à ses pattes, comme le font aussi les abeilles.

Bourdon des prés (Bombus pratorum), Domène, avril 2020 (photo : Benoit D’Halluin)


Entrons un peu dans l’intimité de ces bestioles que l’on croise souvent mais qui restent méconnues.

Tout comme les abeilles, les bourdons sont des insectes sociaux qui vivent en colonies. La taille de ces colonies varie selon la saison et selon l’espèce : au maximum de 60 à 150 individus pour le Bourdon des champs et le Bourdon des prés jusqu’à près de 500 pour le Bourdon terrestre (plusieurs dizaines de milliers pour l’abeille domestique). Cependant, quelques espèces sont parasites et ne forment pas de colonies (Psithyres ou Bourdons-coucous que nous avons évoqués ci-dessus).

Pour les trois espèces que nous avons présentées, le cycle est sensiblement le même : seules les jeunes reines fécondées par les mâles à la fin de l’été passent l’hiver à l’état adulte, le reste de la colonie meurt. Au printemps, la jeune reine sort de son abri et va construire un nid, le plus souvent dans une cavité au niveau du sol, mais ce peut être aussi sous un tas de bois, dans des arbres creux, dans des nids d’oiseaux abandonnés voire dans des nichoirs artificiels (cas du Bourdon des prés). On peut trouver dans ce nid une cellule remplie de pollen avec 5 à 15 œufs pondus par la jeune reine et une autre cellule de réserve remplie de miel. Après éclosion, les larves se nourrissent du pollen et du miel apporté par la reine. Elles donneront des ouvrières (femelles stériles) qui seront chargées à leur tour de butiner. Dans l’été, la reine va pondre des œufs non fécondés qui donneront des mâles tandis que les futures reines seront issues d’œufs fécondés.

Les bourdons se nourrissent de nectar et récoltent du pollen pour nourrir leurs larves. Donc les bourdons peuvent produire du miel (nectar régurgité), mais ils n’en stockent pas (les colonies ne passent pas l’hiver).

Ils sont considérés comme de grands pollinisateurs, pouvant féconder de nombreuses fleurs. Leur fourrure isolante leur permet de butiner même par temps froid (dès 5°C, alors qu’il faut environ 15°C minimum pour les abeilles) ou pluvieux. Le Bourdon des prés, qui possède une trompe courte, préfère les plantes dont les inflorescences sont facilement accessibles et féconde notamment les fleurs de pommiers, cerisiers, framboisiers, ronces… Pour certaines fleurs avec des calices ou des corolles en forme de long tube (comme le trèfle, la sauge officinale,…), le Bourdon terrestre peut perforer la base de la corolle ou du calice et passer sa trompe par ce trou pour atteindre le nectar sans assurer la pollinisation.

Le bourdon peut-il piquer ? Oui, les femelles (ouvrières, reines) possèdent un dard avec un aiguillon lisse comme celui des guêpes, mais elles ne sont pas agressives (piqûres par autodéfense ou si on dérange leur nid).

Voilà quelques informations sur ces insectes, qui vous viendront peut-être à l’esprit lorsque vous verrez un bourdon zonzonner de fleur en fleur…

A bientôt pour un nouvel article de photos mystères et insolites,

Laurent